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danah boyd : l'enjeu démocratique des données
La remise de 10 % pour la pré-vente du livre Bonjour, Les données dépendent du capteur. Mais le capteur lui-même dépend de décisions humaines, et in fine politiques. C'est vrai en science de la nature : par exemple, que mesure-t-on avec une analyse de résidus dans l'eau potable ? Quels toxiques ? Les métabolites ou le produit d'origine ? Où capte-t-on l'information ? C'est évidemment encore plus vrai dans les sciences humaines et sociales : quelle question pose-t-on ? Qui est concerné comme répondant·es ? Qui pose le questionnaire, et quelle confiance les répondant·es peuvent avoir envers lui ? La qualité de données est une affaire de légitimité et de confiance… et quand il s'agit de données impactant la démocratie, ces deux aspects prennent encore plus d'importance. C'est ce que montre danah boyd au travers de l'exemple du recensement des États-Unis. Comme toujours en science, et particulièrement en sociologie et ethnographie, c'est en décortiquant un exemple précis et détaillé que l'on peut émettre des idées et des perspectives qui sont généralisables. Ne vous inquiétez pas du sujet choisi (le recensement US), le livre porte un regard bien plus large sur la légitimité des données d'une part, et sur le lien entre données et démocratie d'autre part. Et puis danah boyd a réussi ce tour de force littéraire d'écrire un grand livre scientifique comme un thriller administratif… Tout au long des pages, et tout au long de ses presque dix ans d'enquête, on se demande « s'ils vont y arriver ». Tellement de bâtons mis dans les roues, d'événements choisis (les directives de Trump première époque) ou subis (la pandémie de Covid et le confinement, pas vraiment le plus pratique pour aller sonner aux portes pour compter les habitants). Recensement et démocratieSoyons objectifs : au début, comme certainement vous, lecteurs et lectrices, comme les collègues de danah boyd au sein de Data&Society, je me suis demandé ce que le recensement des États-Unis pouvait bien nous apprendre sur la fabrique des données et sur la démocratie. C'est pas franchement le sujet le plus « sexy » de la sociologie. Mais le livre ouvre tellement de portes, raconte tout cela avec les détails propres à l'ethnographie et une maîtrise impressionnante des règles du récit, tant et si bien que l'on se retrouve à aimer cette opération et les agents publics qui la portent. Pour les lecteurs français, il manque peut-être un élément de base qui souligne l'enjeu : le nombre de représentants de chaque État et les crédits fédéraux dépendent du nombre d'habitants comptés durant ce recensement. Plus encore, avant chaque élection, les États procèdent à un redécoupage des circonscriptions, qui certes doivent avoir un nombre semblable d'habitants, mais aussi permettre la représentation des personnes de toutes les catégories sociales (et ethnique, qui est un critère déterminant aux États-Unis). La loi sur le droit de vote (Voting Rights Act) est un des résultats du mouvement des droits civiques des années 1960, et il impose la capacité des minorités à obtenir des représentants… donc réfute les charcutages électoraux qui dessineraient des circonscriptions les empêchant d'avoir des élu·es. Encore faut-il savoir où ces personnes pauvres, ou de couleur habitent. Cette question du recensement de toutes les personnes habitant aux États-Unis (donc y compris les sans papiers, sans rien leur demander de particulier) en ajoutant des questions portant sur l'âge, le sexe et les origines ethniques ou hispaniques (pour permettre de respecter le Voting Rights Act) est éminemment politique dans ce pays. Nous qui rejetons globalement les questions ethniques dans les statistiques suivant le penchant « universaliste » issu du XVIIIe siècle qui est majoritaire en France (mais certains sociologues s'en émeuvent) avons du mal à comprendre cet enjeu. Mais pour Donald Trump, c'est clair comme de l'eau de roche : pas plus tard que mercredi dernier, il a publié un décret demandant de ne pas recenser les sans-papiers (qui seraient plus nombreux dans les États démocrates) et de ne pas recueillir de données ethniques (au nom de l'effacement des règles dites DEI – Diversité, Équité et Inclusion). Danah boyd a publié ce jeudi une tribune dans le Guardian en réponse. Les fonctionnaires du Bureau du recensement sont atterrés par ce décret qui est en contradiction avec leur mission telle qu'elle existe depuis la naissance du recensement. Bref, la bataille politique du « fascisme à petit pas » passe aussi par le recensement américain… ce que vous comprendrez avec clarté à la lecture de La fabrique des données. On ne trouve pas les données, on les construit. La fabrique des donnéesLa fabrique des données. On ne trouve pas les données, on les construit En savoir plus - La fabrique des données Une première interview de danah boyd a été publiée par la revue en ligne AOC : Ce n'est que la première mention d'une longue série à venir… peut-être même de vos notes et remarques de lecteur et de lectrice sur vos blogs et médias sociaux. En tout cas très rapidement pour celles et ceux qui recevront le livre pour le 24 septembre, jour de parution simultanée en France et aux États-Unis. Participez à la souscription… qui s'arrête le 15 septembre. Échanger avec danah boydNous sommes en train de mettre en place plusieurs formules pour permettre d'échanger en direct avec danah boyd.
Préparez-vous pour une bonne (très bonne) lecture, Hervé Le Crosnier |
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