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23 ans déjà, coucou nous revoilàBonjour, Aujourd'hui, on fait la fête. Pour une entreprise, il faut choisir une date de naissance, entre l'AG de la signature des statuts, la publication de l'annonce légale (une obligation… alors nous avons choisi le journal le moins cher : L'Agriculteur normand) et celle de l'enregistrement par le greffe du Tribunal de Commerce de Caen. Ce sera donc le 19 mai, comme porté sur les statuts. Un peu de making-of, histoire de souffler les bougies. Apport en matérielEn regardant la première version de nos statuts, on mesure le caractère proprement « artisanal » de notre projet : comme on n'avait pas d'argent, on a fait le tour du matériel dont nous nous servions ; on a affecté une valeur bidon ; et hop voilà une belle partie du capital social. Et comme on ne devait déposer que 10 % des 7 500 € statutaires, on s'en est sorti, with a little help from our friends. C'est ainsi que l'ordinateur de Sara est devenu notre premier serveur. Un bon vieux 486 (cela dira quelque chose aux informaticiens d'époque) avec Linux, MySql et Apache. Sous la plume légale de nos statuts, c'est devenu « un ordinateur serveur installé (système d'exploitation, serveur http et base de données) ». « Installé », ça frime mieux, n'est-ce pas ? Et c'est grâce à Alexis, qui avait une entreprise vendant du réseau à des comptes bien plus professionnels que nous, que nous avons obtenu en cadeau la connexion Internet. L'ordi était posé sur une étagère un peu solide, modèle entrepôt, entre d'autres ordinateurs du même type (on ne vous dit pas le bruit des ventilateurs). Et comme les ordinateurs en ce temps avaient un petit nom sur le réseau, celui-ci s'appelait « LouiseMichel ». Vive la Commune ! Mais pourquoi C&F ?Il fallait trouver un nom pour une belle maison d'édition. Nous savions déjà que le livre n'était pas suffisant pour faire vivre un projet. Il fallait pour cela que nous utilisions nos compétences dans le domaine de l'Internet, qui a l'époque étaient bien demandées. Bref, il y a ce qui rapporte et ce qui dépense ; ce qui est sérieux (du point de vue capitalistique) et ce qui chante pour apporter des idées. La cigale et la fourmi… C&F. Depuis, ça continue, et si vous voulez de beaux projets innovants, n'hésitez pas à nous contacter, vous permettrez la parution de plein de nouveaux livres passionnants. Nos premiers ouvragesLa première parution en 2004 était Revue Typ, une revue de Typographie, réalisée en partenariat avec Les Rencontres internationales de typographies de Lure. Celle-ci a connu deux numéros, mais le nombre d'abonnés était trop faible. Dommage. Cependant, la typographie est restée un axe de notre catalogue, notamment avec le fabuleux livre de Nicolas Taffin Typothérapie. Et bien sûr avec les petites notes typographiques dans le colophon de chaque ouvrage. Rendre hommage à celles et ceux qui fabriquent les caractères. Notre premier livre est paru le 1er avril 2005. C'est pas une blague. Pouvoir savoir devait accompagner une conférence organisée par l'association Vecam autour des questions de propriété intellectuelle, et couvrait plusieurs domaines (santé, agriculture, industrie, connaissances). Le sous-titre précisait : « Le développement face aux biens communs de l'information et la propriété intellectuelle ». C'est le regretté Philippe Aigrain qui avait insisté pour que les communs soient présents dès la couverture. Un thème que nous allons continuer à développer au fil de nos collections, et qui a l'époque était complètement marginal. La même année sera publiée une mini-encyclopédie autour de mots portant les questions que l'Internet posait à la société civile, en s'inscrivant dans le cadre du Sommet mondial sur la Société de l'Information. Enjeux de mots était un projet un peu fou porté par Alain Ambrosi, Valérie Peugeot et Daniel Pimienta, avec le soutien de plusieurs organismes internationaux (La Francophonie, le CRDI au Québec, l'Union latine…). Les différents articles composant le livre ont été rédigés à parité par des acteurs et des actrices de la société civile venant des cinq continents ; un double équilibre qui continue à nous servir de guide... quand c'est possible. Les articles sont présentés en colonnes, dans quatre langues côte à côte (français, anglais, portugais, espagnol). Un superbe travail typographique mené par Nicolas. Puis viendra en 2006 le premier « classique du document numérique », le Pédauque, un ouvrage collectif provenant des débats de 140 chercheurs et chercheuses sur les questions de documentation et d'info-communication. Comment le numérique transforme le document, ou révèle des fonctions cachées des documents. Coordonné par Jean-Michel Salaun, préfacé par Michel Melot, cet ouvrage reste une référence des humanités numériques, illustré avec des portraits de Gutenberg, Wittgenstein, Tim Berners-Lee et Diderot en ASCII art. Collector. Le choix de l'indépendanceLa concentration de l'édition et la mainmise des milliardaires n'étaient pas à l'époque aussi prégnantes qu'actuellement, mais on sentait que notre projet serait marginalisé et finalement écrasé si nous entrions dans le modèle standard de diffusion du livre. Alors, nous avons persévéré dans la voie de l'indépendance, et, avec le recul, c'est ce qui nous a permis de survivre. Mais l'indépendance ne veut pas dire l'isolement. Nous avons gardé des partenariats ouverts, notamment avec les libraires que nous servons en direct, via les coursiers et le système Prisme. L'indépendance, c'est également la volonté de sortir des modèles propriétaires des logiciels utilisés dans le monde de l'édition (notamment InDesign). Depuis 2018, sous l'impulsion de Nicolas, nous utilisons le mode HTML2Print : les textes sont mis au format HTML, et le pdf est produit via un navigateur et le logiciel Javascript PagedJS. De plus, les caractères utilisés sont en général sous licence SIL, la licence libre des polices de caractères. Enfin, nos services informatiques sont hébergés chez Octopuce, l'entreprise libre fondée par Benjamin Sonntag, un des créateurs de La Quadrature du Net. Nous avons une économie à tenir (pas d'argent, plus de livres), mais aussi des valeurs à protéger. Pas facile, mais cela fait 23 ans que nous restons sur cette ligne de crête. Plein de projetsLe passé, c'est bien joli, l'histoire c'est sympa… mais le futur, c'est ce qui compte vraiment. Nous avons plein de livres en chantier. Trop certainement pour notre « force de travail ». Et trop pour la baisse des ventes de livres que tous les éditeurs et libraires constatent, et que nous observons également. Mais nous nous appuyons sur la vente à long terme, la slow-édition, car le livre est là pour durer. Nous avons élargi au fil des années notre palette, en ouvrant les collections théâtre et fiction, en réalisant des hors collections… Et nous ne comptons pas nous arrêter là. Quelques mots sur ce qui vous attend très rapidement. Une belle fiction de Nathalie Beaudoin, Le goût du métal ; Upload, un recueil de nouvelles solarpunk coordonné par Stéphane Crozat ; un livre sur l'écologie du numérique par Bérengère Weiss ; un recueil des œuvres de Louise Merzeau ; des versions bilingues de Ada & Zangemann en espagnol, alsacien et arabe ; une introduction au transmédia par Mélanie Bourdaa ; Le Boomernaute, un essai-fiction par Giorgio Griziotti ; et en septembre le prochain livre de danah boyd, La fabrique des données, en parution simultanée en France et aux États-Unis. Comme disait Steve Jobs reprenant l'antienne du dernier Whole Earth Catalog : « Stay hungry, stay foolish ». On reparle de tout ça dans les prochaines newsletters. Et puis, cadeau d'anniversaire, dans la limite des ouvrages encore disponibles, on va glisser dans tous les paquets un exemplaire de Pouvoir savoir ou du Pédauque, en complément de toute commande sur notre site réalisée avant la fin mai. Bonne lecture, Hervé Le Crosnier & Nicolas Taffin |
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