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Les idées plus claires dans une actualité troubleL’actualité semble s'assombrir chaque jour un peu, comme s'approche de minuit la pendule de l'apocalypse du Bulletin of the atomic scientists. Mais chaque jour aussi émergent des voix qui s’élèvent. Plutôt que faire la litanie des nuages qui s'accumulent à l'ouest, à l'est, au nord et au sud, nous nous tournons du côté de ces voix, et c'est une occasion de mettre en avant certain·es auteur·es qui nous invitent à prendre le temps de la lecture pour mieux comprendre ces étranges « fils d’actu » et agir. Un siècle plus tard : une nouvelle lettre ouverte des intellectuels du monde contre le retour du fascismeEn 1925, l'intellectuel italien Benedetto Croce rédigeait le premier Manifeste des intellectuels antifascistes, conscient qu'il avait le droit de parler et le devoir de réagir à la montée du fascisme en Italie. Un siècle plus tard, des intellectuels du monde entier sonnent l'alarme et s'élèvent contre le retour du fascisme, et demandent à tous les citoyens démocratiques de les rejoindre. Le 24 juin 2025, une version 2025 de cette lettre a été signée par plus de 7000 citoyens, 400 universitaires, dont 31 lauréats du prix Nobel. Parmi elles et eux, des auteurs de C&F éditions, comme Gaël Montevil (France) ou Carlos Afonso (Brésil). (à retrouver sur https://stopreturnfascism.org/).Un éclairage historique sur les États-Unis avec Fred TurnerFred Turner commence son ouvrage magistral Le Cercle démocratique, Le design multimédia, de la Seconde Guerre mondiale aux années psychédéliques par une histoire peu connue. Nous aimons beaucoup cet ouvrage et vous l’offrons en extrait aujourd'hui, une idée de partage que nous avons eu ensemble lors d'un coup de fil récent avec lui. Extrait donc de notre édition, dans une traduction en français d’Anne Lemoine avec une préface de Larisa Dryansky. Extrait de la première partie du Cercle démocratique« Cela pourrait-il arriver ici ?Bien peu s’en souviennent aujourd’hui, mais à la fin des années trente, des fascistes en uniforme paradaient dans les rues américaines et on pouvait entendre leurs voix à la radio. Par exemple, le père Coughlin, un démagogue catholique fondateur de la Radio League of the Little Flower, est omniprésent sur les ondes américaines pendant une grande partie de la décennie. Il forme un parti politique opposé à Roosevelt en 1936, il apporte son soutien et son aide à la publication du tract antisémite connu sous le nom des Protocoles des sages de Sion, et il vocifère sa propagande antisémite et pro-fasciste à la radio, en 1938, suivi par près de 3 500 000 auditeurs réguliers. Un sondage Gallup réalisé en janvier 1939 indique que près de 67 % de ses auditeurs partagent ses opinions. Outre le père Coughlin, certains Américains des années trente s’intéressent aux activités de la Silver Legion of America, un groupe paramilitaire antisémite fondé par William Dudley Pelley en 1933 sur le modèle des Chemises brunes de Hitler et des Chemises noires de Mussolini. Même si Pelley prétend entendre les voix d’esprits lointains, son groupe n’en attire pas moins 15 000 membres à son apogée. D’autres groupes de ce type s’adressent aux Américains, comme les Crusader White Shirts à Chattanooga, Tennessee, le parti national-socialiste américain et, bien sûr, le Ku Klux Klan. Pour un certain nombre d’Américains des années trente, les fascistes ne sont pas une simple menace par-delà les mers. Ce sont leurs voisins. Le groupe qui reçoit le plus d’attention de la part de la presse américaine à cette époque reste toutefois l’Amerikadeutscher Volksbund. Il est créé en 1936 lorsque Fritz Kuhn, Américain né en Allemagne et autoproclamé « Führer américain », est élu à la tête d’une association germano-américaine connue sous le nom de Friends of New Germany, les Amis de la nouvelle Allemagne. À son apogée, le Bund ne compte probablement pas plus de 25 000 membres, essentiellement des Américains d’origine allemande. Quand bien même, le soir du 20 février 1939, ils parviennent à réunir 22 000 personnes au Madison Square Garden dans le cadre d’un rassemblement pro-fasciste. Bien qu’officiellement l’événement célèbre l’anniversaire de George Washington, le Madison Square Garden est alors orné de bannières antisémites et nazies. Les orateurs portent des uniformes qui rappellent clairement les tenues militaires de l’Allemagne nazie. Les membres de l’Ordnungsdienst, 3 000 hommes en uniforme jouant le rôle de pseudo-police du Bund, circulent dans la foule afin de repérer et d’éloigner les perturbateurs, mais aussi pour recueillir des dons. Pendant toute la durée du rassemblement, les orateurs et le public prennent soin d’affirmer leur pro-américanisme. Ils chantent l’hymne national américain et prêtent un serment d’allégeance « exclusive » au drapeau américain. Cependant, les orateurs multiplient aussi les attaques à l’encontre des Juifs et de l’administration Roosevelt. L’un d’entre eux prononce d’ailleurs le nom de « Roosevelt » de façon qu’on entende « Rosenfeld ». Un autre tente de convaincre le public que le judaïsme et le communisme correspondent essentiellement au même mouvement social. À l’extérieur du Madison Square Garden, le maire Fiorello La Guardia a mobilisé 1 700 policiers pour assurer le maintien de l’ordre. Les dirigeants de la ville craignent des contre-manifestations massives et violentes, mais le maire a refusé d’interdire le rassemblement, estimant que la liberté d’expression est précisément ce qui différencie l’Amérique démocratique de l’Allemagne fasciste. Au final, la police comptabilise environ 10 000 manifestants et observateurs essentiellement pacifiques, certains brandissant des pancartes sur lesquelles il est écrit : « Écrasons l’antisémitisme » ou « Débarrassons-nous des nazis à New York ». Les journalistes présents rapportent que les estimations de la police sont très exagérées. Quand bien même elles auraient été justes, les participants du rassemblement pro-fasciste sont deux fois plus nombreux que les protestataires. Pour les journalistes de l’époque, il semble tout à fait plausible que le Bund bénéficie d’un soutien important, du moins parmi les Américains d’origine allemande, mais probablement aussi au sein d’autres communautés.
Avant même ce rassemblement, le Bund est érigé en emblème de la menace que le fascisme fait peser sur les États-Unis. Ainsi, le 27 mars 1937, le magazine Life publie une double page intitulée « Les “nazis américains” revendiquent 200 000 membres ». Une photographie montre des familles fascistes américaines pique-niquant au Camp Siegfried, un camp de loisirs et d’entraînement que possède le Bund sur Long Island. Une autre photographie donne à voir des hommes américains en chemise blanche faisant le salut nazi. Une troisième représente le consul allemand en plein discours devant des membres du Bund. Au cours des deux années qui suivent, Life publie une dizaine de photoreportages sur les fascistes américains et sur la menace de la propagande étrangère. Le 6 mars 1939, soit deux semaines après le rassemblement organisé par le Bund au Madison Square Garden, Life publie un reportage de sept pages intitulé : « Comme le communisme, le fascisme veut se faire passer pour de l’américanisme ». Là, sur la première page de l’article, les lecteurs américains peuvent voir un garde arborant les couleurs du Bund au Madison Square Garden, dans une tenue imitant les uniformes des Chemises brunes nazies, debout devant un immense portrait de George Washington. Un autre titre du même reportage souligne cet argument visuel : « Cela peut se produire ici ». Le nombre réel de fascistes aux États-Unis n’a jamais été suffisant pour constituer une masse critique susceptible de poser des difficultés au pays, et encore moins de renverser le gouvernement. Pourtant, à la fin des années trente, les analystes de tous bords politiques craignent que ce ne soit bientôt le cas. Suivant leur raisonnement, ce résultat serait alors la conséquence d’une ou deux forces sociales, la première étant une cinquième colonne fasciste au cœur des États-Unis. Dans les années trente, les journalistes et les dirigeants politiques américains pensent que l’Allemagne de Hitler s’est engagée dans une grande campagne de propagande à l’intérieur des États-Unis. Les reporters remarquent que l’Allemagne a établi des réseaux de propagande active dans des pays européens comme la France, la Norvège ou les Pays-Bas, et ils supposent qu’elle exporte cette tactique vers le nouveau continent. En juin 1940, le magazine Life annonce : « On observe partout dans le monde les signes de la présence d’une cinquième colonne », et il publie des photos de fascistes se rassemblant en Amérique du Sud, en Asie ou à Long Island. Même si le régime de Hitler a tenté de se distancier de Fritz Kuhn, de nombreux Américains estiment que le Bund constitue bel et bien la ligne de front des intérêts nazis aux États-Unis. La présence d’agitateurs nazis ne représente cependant qu’une partie du problème. L’autre partie réside dans la puissance du langage et de la communication de masse. Prenons la popularité nationale de deux groupes qui cherchent à remettre en cause ce pouvoir : l’Institute for Propaganda Analysis (Institut pour l’analyse de la propagande) et le mouvement de la sémantique générale. Chacun offre un point de vue sur la vulnérabilité du psychisme individuel face aux élans irrationnels et aux croyances infondées. Chacun suggère non seulement que la communication peut être manipulée par des dirigeants sans scrupule, mais aussi que les médias de communication – images, langage verbal, symboles – sont eux-mêmes naturellement trompeurs. Ces deux groupes s’accordent à dire que les technologies de communication « un vers plusieurs » amplifient considérablement ce pouvoir. L’esprit de l’individu américain est devenu un champ de bataille, et il est de leur devoir de défendre la raison individuelle contre la prédation du fascisme, de la communication et, éventuellement, des propres désirs inconscients de l’individu. […] » Des livres qui résistent à l'actualitéNotre catalogue (dont la nouvelle édition est en ligne) comporte de nombreux titres qui aident à penser la résistance à tout ce qui assombrit l'actualité. Parmi ces livres, citons simplement aujourd'hui :
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