[C&F] Typothérapie de Nicolas Taffin est arrivé
Bonjour,
C'est avec le trac que Nicolas Taffin a ouvert devant nous les cartons de Typothérapie. Fragments d'une amitié typographique, tout juste sortis des presses.
Pas de problème, le livre est aussi beau que le texte. Un rêve de typographe.
L'occasion de boire un verre avec l'auteur
jeudi 16 février – 18h-20h
Librairie de C&F éditions
28 rue de Lagny – 75020 Paris
(Métros Nations, Avron ou Buzenval)
Plutôt que de gloser, rien ne vaut un extrait. Le voici.
Les yeux dans le blanc
« À nous, typographes, le silence est gratuit : il est feuille blanche et paix des yeux. Aussi bien notre métier est-il de préserver la blancheur autant que de la vaincre. »
Raymond Gid, Célébration de la lettre, Fata Morgana, 1992, p. 11.
Le blanc, en typographie, ce nʼest pas une couleur, ce nʼest pas de la lumière, cʼest simplement lʼespace quʼon nʼimprime pas. Mais attention, nuance : ce blanc nʼexiste pas pour autant avant quʼon ait imprimé, car la feuille blanche ne fait pas encore blanc... disons quʼelle est encore néant. Cʼest en ajoutant les signes, en déposant lʼencre sur le papier, que notre blanc naît autour. Par touches, par contraste, entre les pages, entre les lignes, entre les signes, et en eux. Le dessinateur de caractères comme le compositeur ressentent cette présence en creux pour laquelle ils se passent aimablement le relais.
Un dialogue peut alors commencer entre lʼencre et le papier, dialogue dans lequel les formes se dessinent et se contre-dessinent, comme dans ces taijitu chinois représentant lʼéquilibre des contraires, déterminant pour la vie. Mais de quoi y dialogue-t-on ?
« Quand on arrive au moment dʼétablir des blancs, on est dans la même situation que le sculpteur. On les dégage, on les répartit. Le texte devient texte, avec en plus quelque chose de lʼauteur du texte. Placer les blancs, cʼest apporter la vie avec lʼâme du texte.
— Vous dites «placer les blancs», mais ce sont bien des signes que vous placez, non ?
— Oui, composer, cʼest composer les mots. Mais les mots sont au-delà de celui qui les prononce. On nʼest pas capable de tout dire. Cʼest cette part dʼâme qui est dans les mots quʼon essaie de dégager vers la lumière en plaçant les blancs. Cʼest pourquoi le blanc est la chose la plus intéressante... »
Le dit et le non-dit, se complétant et sʼenrichissant mutuellement. En 1999, un an avant sa mort, nous passions quelques samedis avec Raymond Gid dans son atelier pour une série dʼentretiens. Ce qui nous guidait : sa sensibilité au blanc en typographie, son rapport mystique au texte et à son souffle dans la composition, si bien rendu dans sa brève Célébration de la lettre aux éditions Fata Morgana. Ce qui est dit ici provient de notre entretien.
« Le texte composé est un piège à blanc. Ce qui manque à la page brute, cʼest la sonorité et la parole, que le texte ne peut vous donner. On essaie de rendre la page sonore en répartissant les noirs et les blancs. [...] Il y a une correction de Mallarmé en haut de page dans une épreuve de la dernière édition du Coup de dés : “Poussez jusquʼà ce trait la fin du mot peut-être”. » Un blanc en gestation...
Typothérapie. Fragments d'une amitié typographique
Nicolas Taffin
Préface de Michel Melot
15 x 21 cm. - 272 p. - Collection Questions de design
Version imprimée - 25 € - ISBN 978-2-37662-053-2
janvier 2023
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Bonne lecture,
Hervé Le Crosnier
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